#DixPlaies Episode 3 : la grenouille

By | 23 septembre 2015

Grenouille

Dans les épisodes précédents, nous avons été mis en présence d’une mise en scène de prodiges comme autant de signes, destinés à faire grandir l’intelligence en sagesse. L’authentique sagesse, mise en opposition ici à celle de l’Egypte, ne peut puiser sa fécondité que dans la parole de YHVH tout puissant. C’est dans la distinction que Dieu fait entre le peuple Egyptien et le peuple hébreu, que s’opère la distinction entre une sagesse terrestre, inféconde, et l’authentique sagesse, inspirée des cieux.

Traduction (Ex 7,26 – 8,11)

7:26 Et il dit, YHVH, à Moïse : va vers Pharaon et tu diras à lui : Ainsi il a dit, YHVH : renvoie mon peuple, et ils me serviront. 27 Et si refusant tu es, de renvoyer, voici MOI cognant tout ton territoire par des grenouilles. 28 Et il grouillera, le fleuve, de grenouilles. Et elles monteront et elles viendront dans ta maison, et dans la chambre où tu couches, et sur ton lit, et dans la maison de tes serviteurs, et dans ton peuple, et dans tes fours, et dans tes pétrins. 29 Et dans toi, et dans ton peuple, et dans tous tes serviteurs, elles monteront les grenouilles.

8:1 Et il dit, YHVH, à Moïse : dis à Aaron : étends ta main, par ton bâton, sur les rivières, sur les fleuves et sur les étangs, et fais monter les grenouilles sur la terre d’Egypte. 2 Et il étendit, Aaron, sa main sur les eaux d’Egypte, et elle monta la grenouille, et elle couvrit la terre d’Egypte.

3 Et ils agirent ainsi, les magiciens, par leurs sortilèges, et ils firent monter les grenouilles sur la terre d’Egypte.

4 Et il appela, Pharaon, Moïse et Aaron, et il dit : priez YHVH et qu’il détourne les grenouilles de moi et de mon peuple, et que je renvoie le peuple, et qu’il sacrifie à YHVH. 5 Et il dit, Moïse, à Pharaon : fais-moi l’honneur, pour quand dois-je prier pour toi, et pour tes serviteurs, et pour ton peuple, pour supprimer les grenouilles de toi et de tes maisons ? Seulement dans le fleuve, elles resteront. 6 Et il dit : pour demain. Et il dit : selon ta parole, afin que tu saches qu’il n’y a rien comme YHVH notre dieu. 7 Elles se détourneront, les grenouilles, de toi, et de tes maisons, et de tes serviteurs, et de ton peuple. Seulement dans le fleuve, elles resteront.

8 Et il sortit, Moïse et Aaron, d’avec Pharaon. Et il cria, Moïse, vers YHVH, sur la parole des grenouilles qu’il avait mises à Pharaon. 9 Et il agit, YHVH, selon la parole de Moïse. Et elles moururent, les grenouilles, depuis les maisons, depuis les cours et depuis les champs. 10 Et ils amassèrent elles des omers, des omers. Et elle pua, la terre. 11 Et il vit, Pharaon, qu’il y avait la relâche. Et il rendit lourd son cœur, et il n’écouta pas eux comme avait parlé YHVH.

Un épisode tragi-comique

L’épique combat entre YHVH et Pharaon se poursuit ici avec quelque chose d’un sketch à la limite du burlesque. Du moins quand on en fait une lecture littérale. D’abord parce que menacer Pharaon de frapper son territoire – littéralement, comme on cogne (נגף) quelqu’un – avec des grenouilles, cela a d’emblée un petit côté absurde, il faut bien le reconnaître. L’annonce faite, on imaginerait presque les grenouilles tomber violemment du haut du ciel, pour faire trembler la terre.

Ensuite, parce qu’avec la démonstration de puissance des magiciens de Pharaon, qui vont opérer finalement le même prodige qu’Aaron, nous nous retrouvons en plein comique de situation ! Représente-toi la scène : au lieu de faire disparaître les grenouilles, comme on aurait pu l’attendre de leur part, ils en font monter d’avantage. Autrement dit, ils en ajoutent au fléau. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si c’est à l’issue de cette « démonstration de puissance », que Pharaon craque et commence à céder aux exigences de Moïse.

Enfin, pour finir par l’absurde : après l’intercession de Moïse, les grenouilles crèvent et empuantissent la terre… et Pharaon en semble tout satisfait. Pour lui, la puanteur, c’est cool, c’est relâche, c’est la pause. Il peut repartir au combat, ragaillardi, car, comme chacun sait : mieux vaut une grenouille crevée qu’une grenouille qui monte !

Quelques éclairages traditionnels

La tradition juive, riche de développements autour de ces prodiges, s’est attachée à expliquer cette dernière curiosité, la justifiant d’abord par l’exceptionnelle violence de la montée des grenouilles. Synthétisant de nombreuses sources, L. Ginzberg rapporte :

Où qu’un égyptien se déplaçât, des grenouilles apparaissaient, et d’une manière mystérieuse, elles étaient capables de percer les métaux les plus durs, et même les palais de marbre des égyptiens ne furent d’aucune protection contre elles. Quand une grenouille s’approchait des murs, ceux-ci se fendaient immédiatement. « Cédez le passage, criait la grenouille à la pierre, pour que je puisse exécuter la volonté de mon Créateur », et aussitôt le marbre présentait une fissure par laquelle la grenouille entrait. Ensuite, elles attaquèrent les égyptiens dans leurs corps, les accablant et les mutilant. 1

La version de Shemot Rabba est même un peu plus fleurie :

R. Ezéchias b. Rabbi a dit : Mais dans ce cas comment se fait-il que les maisons des nobles faites de marbre et de pierre aient été aussi frappées ? Ceci nous enseigne que les grenouilles sortirent de terre et dirent au marbre : Laisse-nous passer afin que nous puissions accomplir la volonté de notre créateur. Sur quoi le marbre se fendillait et les grenouilles entraient et s’emparaient des parties intimes de leurs corps pour les mutiler comme il est dit : Leur difformité est en effet une tare (Lv 22, 25). 2

Il ne faut pas se tromper : chaque détail est justifié par le texte, et la mutilation des parties intimes des égyptiens qui ressemble à un fantasme suspect, sinon classique pour un freudien, s’explique ni plus ni moins par la mention de la couche infestée de grenouilles. Autrement dit, c’est jusque dans le plus intime, aux sources de la fécondité humaine, que frappe la grenouille.

Ainsi, si Pharaon se détend un peu à partir du moment où crèvent les grenouilles, c’est que la violence du fléau prend fin, pour laisser la place à quelque chose dont nous avons vu, dans l’épisode précédent, qu’il ne provoquait guère d’émoi chez le prince égyptien : la puanteur de la mort. Un autre trait de la tradition cherche à expliquer que, contrairement au fléau précédent, celui-ci fait plier Pharaon, en glosant sur le fait que pour les eaux changées en sang, Pharaon n’a pas été personnellement atteint, tandis qu’ici il est écrit « elles viendront dans ta maison, et dans la chambre où tu couches, et sur ton lit » (v. 28) et plus loin « et dans toi, et dans ton peuple, et dans tous tes serviteurs, elles monteront les grenouilles » (v. 29). Autrement dit, ici, il y a solidarité de sort entre tous les égyptiens, Pharaon compris. En rigueur de thème, on peut même ajouter avec le midrash que le fléau commence par atteindre Pharaon, cité en premier, avant ses serviteurs et son peuple.

Encore le cinquième jour

Voilà qui va devenir un refrain. Nous avions vu que le récit des deux prodiges précédents portait chaque fois une allusion au cinquième jour de la Création : l’antique dragon d’une part, les eaux frappées de mort d’autre part. Il se confirme ici que ce cinquième jour est un motif du récit, au moins de cette partie du récit. En effet, le v. 28 utilise le verbe Sharats « grouiller/pulluler » (שׁרץ), ce verbe clef des créatures du cinquième jour : « Et il dit, Dieu : que grouillent (שׁרץ) les eaux d’un grouillement (שׁרץ) d’âme vivante » (Gn 1,20) . Même chose en Gn 1,21. Et puisque nous étions dans Shemot Rabba, constatons que la tradition a bien fait le lien :

Dieu dit à Pharaon : Tu as dit : Mon Nil est à moi, eh bien je vais te montrer à qui il appartient. Cette plaie va le frapper. Je vais décider l’envoi de grenouilles de la même manière dont j’ai décrété au commencement : Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants (Gn 1,20), elles obéirent alors à mon commandement, et le Nil va maintenant obéir à mon ordre. 3

Mais il faut immédiatement relever que ce même verbe Sharats est utilisé pour parler, au début du livre de l’Exode, des fils d’Israël : « Et les fils d’Israël furent fécond et grouillèrent (שׁרץ), et devinrent nombreux et puissants de plus en plus, et elle fut remplie la terre d’eux » (Ex 1,7). De la même manière que le sang du fleuve rappelait la décision de Pharaon de faire mourir dans le fleuve les premiers-nés des hébreux, de même ici, il semble que le grouillement des grenouilles nous renvoie directement à la décision de Pharaon de réduire les hébreux à la servitude et de leur imposer de dures corvées, en vue de limiter leur nombre et leur puissance (Ex 1,10-14).

Nous abordons donc là, semble-t-il, un autre aspect de la fécondité, ou plutôt de l’infécondité, qui n’est plus la mort, mais la servitude. C’est quelque chose qui va ressortir plus nettement, dans le registre de la sagesse, comme nous allons le voir maintenant.

Pourquoi la grenouille ?

Tout d’abord, la grenouille dont il est question dans ce texte est, autant au plan zoologique qu’au plan biblique, le maillon vivant qui relie les eaux et la terre. Le livre de la Sagesse rappelle comment le fleuve vomit des grenouilles (Sg 19,10), rejoignant l’observation zoologique de ces amphibiens, naissant dans l’eau comme des poissons, puis acquérant des pattes pour sortir de l’eau et évoluer librement sur terre. Ici aussi, dans notre prodige, les grenouilles apparaissent dans le fleuve pour « monter » au milieu des égyptiens, dans les maisons et jusque dans les lits, dans les fours et dans les pétrins.

Autrement dit, ces grenouilles jaillies des eaux vont même plus loin que la terre : elles vont jusqu’au feu. La tradition midrashique les prendra même comme un exemple de sacrifice, justifiant celui des trois sages entre les sages de l’exil, compagnons du prophète Daniel : Hanania, Mishaël et Azaria. Lorsque Nabuchodonosor les menaces de la fournaise s’ils refusent de se prosterner devant sa statue (Dn 3,15), la réponse des trois hommes dans le livre de Daniel ne fait aucune mention de grenouilles : « Si notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et de ta main, ô roi, il nous délivrera » (Dn 3,17). Mais le midrash précise qu’ils firent un raisonnement a fortiori sur l’exemple des grenouilles : si les grenouilles d’Egypte ont résisté aux fours, combien plus le Seigneur nous préservera de la fournaise (ShRabba 10,2). De même la Guemara : « Comme les grenouilles, qui n’étaient nullement obligées d’honorer le Nom du Seigneur, n’ont pas hésité à entrer dans les fours qui, comme ils contenaient encore la pâte, étaient chaud, d’autant plus si un homme qui a le devoir d’honorer le Nom du Seigneur n’hésite pas à se jeter dans une fournaise ardente. » (TB Pesahim 53b).

C’est un point sur lequel il convient de s’arrêter, ce rapprochement entre les grenouilles et les trois compagnons de Daniel. Ces derniers, dans la première partie du livre de Daniel sont essentiellement qualifiés par leur grande sagesse et leur grande intelligence, donnée par Dieu. Ayant dit cela, observons maintenant d’un peu plus près ce que nous traduisons, dans le texte, par « grenouille ». Je laisse la parole à un spécialiste qui s’est penché sur la question :

Le nom hébreu de la grenouille est étrange tsefardéa (ץְפַרְדֵּעַ), beaucoup trop long pour être hébraïque … à moins que ce ne soit un jeu de mots comme il y en a tant et tant dans la Bible ! Aussi, on peut rapprocher ce mot de deux racines ; celle de la « couronne » (tsefar) et celle du « savoir » (déa) et l’on obtient ainsi le sens « couronne du savoir » ou « connaissance de la couronne ». (J.F. Froger et J.P Durand, Le Bestiaire de la Bible, éd. Désiris, 1994, p. 425)

C’est que la grenouille, dans son étymologie hébraïque, a à voir avec la science, la connaissance, et par extension, la sagesse. Elle a aussi à voir avec le pouvoir royal, en un sens. Dans ce prodige, ce qui est donc donné à voir à Pharaon, c’est une multitude grouillante, telle que l’incarnaient déjà les fils d’Israël, mais une multitude grouillante d’une authentique sagesse de gouvernement… et une sagesse qui ne craint pas les rois de ce monde-ci, ceux qui se croient omnipotents, pas plus qu’elle ne craint la fournaise des idolâtres.

Le revirement de Pharaon

Ce fléau, nous l’avons vu, a la particularité de faire plier Pharaon. Celui-ci accède à la demande de Moïse, à la condition qu’il prie YHVH de détourner les grenouilles. Mais sitôt les grenouilles mortes, le coeur de Pharaon s’endurcit à nouveau, et le prince ne tiendra pas sa part du marché (comme l’avait d’ailleurs annoncé YHVH). Cela dit quelque chose d’essentiel, pour ce qui est de cet épisode, du rapport du prince idolâtre à la sagesse divine. De la même manière que Pharaon a tenté d’asservir les hébreux, de les réduire en esclavage, il tente ici d’instrumentaliser la puissance divine, puissance ici de sagesse et de connaissance.

Bien que ses magiciens disposent a priori de la même capacité à rendre intelligible le signe (faire monter les grenouilles du fleuve), ils sont incapables d’endiguer cette infécondité chronique de l’idolâtrie égyptienne… au contraire, en définitif, plus ils font preuve de sagesse/puissance, plus ils contribuent à la mettre en évidence et à mutiler ainsi l’égyptien. Car le sens authentique, qui jaillit des eaux primordiales pour gouverner l’intelligence, est tel la grenouille, une créature qui n’a pas d’ascendance, qui émane directement de la parole du Créateur au cinquième jour de sa Création, et qui n’aura de cesse de pénétrer au plus intime de l’homme jusqu’à manifester pleinement et totalement son origine divine. C’est au pétrin puis au four, où s’achève la réalisation du pain – image de la parole divine – qu’aboutira l’oeuvre de révélation de ce qu’est l’authentique sagesse divine.

Mais le prince égyptien, après avoir nié cette sagesse (dans l’épisode du fleuve), en reste maintenant à son instrumentalisation, à l’idée de faire copain-copain durant l’épreuve, pour mieux retourner à ses affaires ensuite. C’est pourquoi l’histoire ne peut s’arrêter là.

 

Notes:

  1. L. Ginzberg, Les légendes des juifs, vol. 3, éd. Cerf, 2001, p. 250.
  2. ShRabba 10,3. Traduction française par M. Mergui.
  3. ShRabba 10,2. Traduction française par M. Mergui.

2 thoughts on “#DixPlaies Episode 3 : la grenouille

  1. Charles-Marie

    Petite coquille : au 3e paragraphe après « encore le 5e jour » : « Mais il faut immédiatement releveR… »

    J’étais mort de rire pendant 30s de l’illustration. De Naruto et ses grenouilles-yazukas à la 3e plaie d’Egypte, il fallait oser! Je ne vais pas t’en vouloir, loin de là, je suis un fan de la première heure (même si la série m’a légèrement déçue vers la fin avec une escalade dans le grobillisme).
    Bref, merci pour ces éclairages. Le trajet de la grenouille, de l’intime jusqu’au pain, en passant par le peuple, et son lien avec l’incident de la fournaise sont éclairants.

    Par contre, je comprends moins bien ta dernière partie : veux-tu dire que certes, l’Egypte révèle une sagesse, mais cette sagesse « des hommes », si elle est utilisée au-delà de ses limites (le fleuve), n’est pour les hommes que mutilante? Et que c’est Dieu seul qui agit véritablement au-delà des limites « naturelles » (« seulement dans le fleuve, elles resteront’, répété 2 fois)? Avec donc à la fois un avertissement contre la démesure et, plus particulièrement une critique contre la « magie »?

    Dans cette optique là, y a-t-il un sens au lieu de mort des grenouilles (les maisons, les cours, les champs) : famille, communauté, nature, endroit où l’on apprend le sens des limites?
    Et, excuse mon ignorance, mais que veut dire « des omers »?

    Bravo pour ton travail, et bonne route vers dimanche!

  2. Pneumatis Post author

    Bonjour Charles-Marie,

    Merci pour la coquille. C’est corrigé.

    C’est normal que tu comprennes moins bien ma dernière partie, elle n’est pas claire. Et si elle n’est pas claire, c’est que ce n’est pas très clair dans ma tête, déjà d’avance.

    J’aurais dû prendre le temps d’une petite synthèse théologique, plus distante du texte, comme pour l’épisode précédent, mais je reconnais que j’ai eu la flemme… d’autant que certaines choses vont s’éclairer avec l’épisode suivant, qui conclut une première partie (les prodiges opérés par Aaron).

    Disons que ce qui me semble ressortir d’important comme message de ce récit, c’est l’alerte sur les conséquences d’instrumentaliser la parole de Dieu. Récapitulons :

    – Pharaon veut réduire la multitude des hébreux (peuple de la Parole de Dieu) en esclavage (Ex 1)
    – En réponse, il se trouve au contact d’une autre multitude, celle des grenouilles : un signe de quelque chose qui se passe dans le long processus d’incarnation de la parole (cinquième jour), troisième étape après l’antique dragon (archétype), les eaux et les poissons (transmission du sens) : l’émergence du sens à l’intelligence, qui doit aller, ici jusqu’au four à pain, d’où il est censé sortir une parole de sagesse divine incarnée (d’où le lien traditionnel avec le martyr des sages du livre de Daniel). Autrement dit, le Pharaon que je suis est censé apprendre là qu’on n’asservit pas la parole, au risque de demeurer totalement infécond (spirituellement), mais qu’elle doit faire son chemin en moi, dans mon intelligence, et même jusque dans mon corps et au plus intime de ce qui fait ma vie, jusqu’à me transformer de l’intérieur comme dans un creuset.
    – Mais, le Pharaon persiste et signe : semblant céder au signe, il ne le fait que par crainte et pour obtenir une fois de plus ce qu’il désire. Sitôt obtenu ce qu’il voulait, il refuse de rendre sa liberté à la Parole de Dieu et de la laisser agir au service de la volonté divine.
    – A l’image d’Israël, plus loin dans l’Exode, qui ramassera pour chacun et pour chaque jour un omer (une mesure) de la manne, ce pain venu du ciel, les égyptiens ramassent des omers et des omers, mais de quelque chose qui n’a rien à voir avec la parole vivante : quelque chose de complètement mort, d’une sagesse avortée au stade où, ayant pourtant atteint l’intelligence, elle reste stérile et n’opérera pas sa transformation de l’être, parce qu’elle aura été asservie, instrumentalisée, pour servir celui qui la reçoit plutôt que pour servir Dieu.

    Voilà, je ne sais pas si c’est plus clair comme ça ? (c’est toujours pas très clair dans ma tête, m’enfin bon). Dans le Bestiaire de la Bible, que je cite plus haut, il y a un parallèle intéressant, dont je n’ai pas fait état parce que ça aurait fait une trop longue digression, entre les poissons et grenouilles et le blé/pain (une question de nombre, qui passe d’ailleurs par les évangiles et la multiplication des pains et des poissons = le blé, comme le poisson, sont des figures du multiple, de l’innombrable, etc… enfin bref, faudrait citer tout le chapitre).

    Un autre point aussi de ce récit que je n’ai pas relevé, et qu’on retrouve bien dans les midrashim, c’est l’insistance sur le « sur tout ton territoire ». Ce prodige semble comme définir les frontières de l’Egypte (le midrash indique que ce fléau fut un instrument de paix, parce qu’il mit fin à la querelle entre l’Egypte et l’Ethiopie quant à leur frontière : partout où les grenouilles allaient, c’était l’Egypte, point barre). Ca dit quelque chose d’un processus qui va se développer au fur et à mesure des prodiges, qui, ne l’oublions pas ont vocation à conduire à la sortie du peuple de Dieu du milieu de l’Egypte. Autrement dit, il y a un processus de séparation, d’accouchement. Et on voit bien cette progression, ici par la définition des frontières, et plus loin, dans les premiers fléaux qui toucheront l’Egypte en épargnant beaucoup plus explicitement dans le texte, le peuple hébreu, mettant littéralement et explicitement une séparation entre les deux. Mais c’est un autre point, sur lequel je reviendrai justement quand ce sera plus explicite.

    C’est tellement chargé, il y a tellement d’axes de lectures mêlés les uns aux autres, c’est incroyable ce texte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.