La Terre Sainte, Bible en main – Jour 1

By | 2 juin 2016

LodIl est plus de 4h du matin et à travers le hublot, je peux voir les premières lueurs de l’aube sur l’horizon quand le pilote annonce la descente sur l’aéroport de Lod. Pour la première fois de ma vie, je vais fouler la Terre Sainte. Quand j’étais petit – c’est l’un de mes plus lointains souvenirs – je me souviens avoir dis à ma mère que, plus grand, je voudrais me marier avec elle. Complexe d’Oedipe précoce, classique, mais qui s’est rappelé à moi à l’approche de l’atterrissage : sentiment d’être sur le point de retrouver une mère que je n’ai jamais connu autrement qu’en rêve, à distance, cette matrice à laquelle j’aurais été enlevé tout petit ; et en même temps, envie de l’appeler « ma fiancée », « ma bien-aimée ». Avant mon départ, une amie m’a dit : « comme je t’envie d’aller là-bas, au berceau de notre civilisation ». Et je comprends à cet instant même, en regardant par le hublot et en me projetant déjà sur le séjour qui m’attend, que la montagne de Sion n’est pas ce « bout-du-chemin » que je pensais jusqu’alors, mais qu’il est bien plutôt la source : « De Sion sort la Torah, de Jérusalem la parole de Dieu ». Nous pensons trop souvent les sommets des montagnes comme des points à atteindre au terme d’une ascension, fut-elle spirituelle. Mais ces sommets, celui-ci en particulier, est le lieu où l’eau prend sa source pour s’écouler, se répandre dans les vallées. Je réalise brutalement que dans ce voyage que j’ai tant espéré, tant attendu, je n’aboutis pas à une destination, mais que je reviens à la source – retour nécessaire – pour mieux pouvoir en repartir en portant son rayonnement avec moi.

L’objectif de ce voyage n’est pas de faire un pèlerinage, et encore moins du tourisme. C’est un voyage avec un groupe d’étudiants et d’enseignants de ma faculté de théologie, dont le but est d’approfondir la Bible en s’imprégnant des paysages qu’elle met en scène. Et c’est là que cette terre prend toute sa dimension de source de la parole, finalement : en revenant à cette source, c’est aux sources de la Parole de Dieu que nous revenons, pour mieux la saisir, mieux s’en imprégner.
Tel ShevaCe premier jour, nous avons ainsi rejoint, depuis l’aéroport de Lod à côté de Tel Aviv, la ville de Beer-Sheva, qui dans la Bible figure en quelques sortes la frontière sud de la terre d’Israël (d’où l’expression : « De Dan à Beer Sheva », Dan étant au nord). Le nom même évoque immanquablement les patriarches, et Abraham en particulier lors de sa négociation avec Abimélek (Gn 21), expliquant la double étymologie du nom de la ville : Sheva/Serment et Sheva/Sept. Nous avons continué directement jusqu’au site archéologique de Tel Sheva : relire l’épisode d’Agar chassé dans le désert de Beer Sheva avec une simple gourde, sous le soleil accablant de ce jour est déjà en soi une expérience. Toucher du doigt un puit tel qu’il pouvait être conçu à cette époque. Entrer par la porte de la petite ville, se placer au milieu de la petite cour sur laquelle ouvre cette porte, se représenter là le trône du juge, du roi, du souverain de la ville, d’où il scellait les alliances, rendait les jugements, et imaginer du même coup la population de cette petite ville rassemblée sur cette place pour l’occasion, c’est encore mieux comprendre l’image véhiculée par le récit biblique quand il nous dit de tel ou tel personnage qu’il se tient à la porte de la ville. Je ne peux évidemment pas détailler ici l’ensemble du riche cours d’archéologie que nous avons eu la chance d’avoir sur ce site.

Ein AdvatRestant dans le désert du Néguev, nous avons ensuite poursuivi notre route vers le canyon de Ein Advat. Après une rapide présentation du site, nous avons fait une petite marche silencieuse le long du lit de cet oued, qui a creusé à travers les siècles ce profond canyon, jusqu’à la source d’Ein Advat. Durant cette marche, en silence, nous avons pu, s’il était nécessaire, lever les images mentales que nous pouvions avoir du désert – grandes étendues désertiques et dunes de sables – pour mieux prendre la mesure du fait que le désert est tout au contraire un lieu chargé de vie, de faune en particulier, un lieu riche de végétation aussi autour des sources, qu’il n’a rien de « désertique » au sens où nous l’entendons, mais qu’il peut être aussi magnifique qu’escarpé, et que l’on comprend soudain, de tous ses sens, à la fois pourquoi il est tant question dans l’Ecriture « d’aplanir la route à travers le désert », mais aussi pourquoi le prophète dit « je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur » (Os 2,16) : c’est que le désert, Midbar en hébreu, est le lieu de Dabar, le lieu de la Parole, le lieu où Dieu parle à son peuple et où sa Parole rejoint le coeur de l’homme.
AdvatAprès cela, pour finir avec cette journée au Néguev, nous avons changé d’époque, changé de contexte et, en un sens, de culture, pour visiter les vestiges de la cité d’Advat, une cité nabatéenne, dont il serait trop long ici de refaire l’histoire. Nous avons pu y voir ces maisons à flanc de colline, semi-troglodytes, dont une partie se détache clairement de la colline, formant une terrasse pour les maisons du niveau supérieur, et dont la partie la plus intérieure et la plus profonde était creusée en grotte artificielle, dans le coeur même de la colline. C’était finalement une façon d’illustrer pourquoi, par exemple, la Tradition situait à la fois l’Annonce à Marie dans sa maison de Nazareth ET dans une grotte : c’est que l’arrière de ce genre de maison est précisément une grotte. Le site, fort de plusieurs couches archéologiques, laissait voir la reconstitution de deux églises chrétiennes du Vème siècle dans l’une desquelles nous devions justement célébrer la messe si la chaleur étouffante ne nous en avait pas dissuadé. La messe fut donc célébrée aujourd’hui – et c’est pour le moins original – dans une grotte du site qui servait de nécropole.

Voilà pour le récit du séjour. J’aurais pu évidemment faire la version un peu plus touriste, raconter que je mange du Houmous matin, midi et soir, que l’hébergement est sympa, tout ça. Mais ce n’est pas l’important. Aujourd’hui, et ainsi je l’espère pour toute la semaine qui vient, je vais – nous allons – entrer un peu plus dans le livre, dans l’histoire, dans la Parole de Dieu.

PS: les photos ici, et bien d’autres, sont généreusement fournies (et consultables) sur la page Facebook de la Faculté de Théologie d’Angers.

3 thoughts on “La Terre Sainte, Bible en main – Jour 1

  1. Ta bien-aimée quand même?

    Merci pour ce beau partage: c’est parfait, ça fait rêver avant d’aller dormir!

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  2. Pneumatis Post author

    Tu demeures irremplaçable, mon amour. L’amour de cette terre est celui, pour toi et moi d’une même mère. Et puis tu sais bien: « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme ».

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  3. Charles-Marie

    Merci de ces partages!

    Je suis allé en Terre Sainte une seule fois, sans accompagnants, et suis plutôt resté à Jérusalem et en Galilée. La rencontre avec le lac de Tibériade m’a vraiment saisi.

    Bon voyage, bons aller-retours de la Parole à la Terre, et de la Terre à la Parole, en faisant monter ainsi vos prières vers le ciel!

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